Echange avec Sabrina Marnet-Letellier, praticienne en nutrition & micronutrition

Nous avons échangé avec Sabrina Marnet-Letellier, praticienne en nutrition et micronutrition, spécialisée dans la prise en charge des troubles digestifs chroniques et des dysbioses et nous avons parlé microbiote. N’hésitez pas à jetez un oeil sur son site Natur’Move pour plus d’informations.

 

 

Aujourd’hui, on parle beaucoup de la flore intestinale et du microbiote. Tout d’abord, pourriez vous nous dire en quelques mots ce que signifient ces deux termes ?

 

Oui, on commence effectivement (enfin) à se rendre compte de l’importance de NOS microbiotes. Le microbiote est l’ensemble des micro-organismes, bactéries, levures, moisissures, virus, archées qui peuplent de façon naturelle un milieu. On est donc doté de plusieurs microbiotes : intestinal (le plus important en termes de nombre et de diversité de micro-organismes car cela peut représenter près de 2kg chez un adulte !), vaginal, buccal, cutané… Les recherches montrent qu’il existe aussi un microbiote autour du cœur ! Bref, nous ne sommes pas seuls dans notre corps !

La flore intestinale est donc un synonyme de microbiote intestinal.

 

Pourquoi en parle-t-on autant ? Il y a t-il eu une augmentation des recherches sur le pouvoir du microbiote et de la flore intestinale ?

 

Il y a effectivement eu une augmentation des recherches et des découvertes en ce domaine depuis les 30 dernières années. Pendant longtemps, on a considéré l’intestin comme un ‘tuyau’ ayant un rôle mécanique et d’absorption (et je déplore que de nombreux gastroentérologues aient encore cette vision très réductrice…). De plus en plus, on se rend compte que c’est un véritable écosystème dans lequel interagissent en continu flore intestinale/système immunitaire/système nerveux et hormonal et paroi intestinale. C’est ainsi que les études montrent les liens bidirectionnels entre notre cerveau et ce « deuxième cerveau » qu’est l’intestin, et donc l’impact d’une flore déséquilibrée sur le stress ou l’équilibre émotionnel, et inversement. On prend également de plus en plus conscience du rôle d’un microbiote diversifié et équilibré dans l’équilibre immunitaire, l’apparition de maladies de civilisation (diabètes, syndrome métabolique, problèmes cardiovasculaires) ou encore de maladies neurovégétatives comme Alzheimer.

 

Connaissez vous l’immuno-nutrition ? Que cela signifie et peut elle améliorer la flore intestinale ?

 

Pour moi, ce terme est surtout un terme marketing qui vise à faire vendre plus de compléments alimentaires ou de produits alimentaires enrichis… Pour avoir une bonne immunité et un équilibre entre la reconnaissance et la défense contre l’ennemi (virus, microbes,…) et la reconnaissance du soi et des molécules non pathogènes (donc pour éviter les allergies et les maladies auto-immunes), il faut un microbiote intestinal diversifié et équilibré. Tout déséquilibre ou appauvrissement va déséquilibrer le système immunitaire. Or, pour une flore variée et nombreuses, cela passe par l’alimentation et l’hygiène de vie en premier lieu. Plus notre alimentation va être diversifiée, plus notre flore le sera. Plus elle va contenir d’additifs, de polluants, de substances nocives et plus cela va décimer notre bonne flore. De même une alimentation trop riche en sucres , en protéines et en graisses saturées va entrainer un déséquilibre de cette flore. Ce n’est pas pour rien que le nombre de personnes ayant des troubles digestifs (allant de simples ballonnements à la constipation ou diarrhées chroniques, voire au syndrome de l’intestin irritable) est si important.

 

Quels sont vos conseils pour améliorer la flore intestinale et le microbiote ?

 

Le premier conseil est de manger selon la règle des 3V (du Dr Anthony Fardet) : manger de Vrais aliments, au lieu des aliments ultra-transformés que nous offre l’industrie agroalimentaire, une majorité d’aliments issus du Végétal et de Varier. Si ces aliments sont en plus bio (ou issus de l’agriculture raisonnée) et locaux, c’est encore mieux.

 

Avoir une alimentation riche en fibres est indispensable. Cela passe donc par remettre les légumes au centre de l’assiette et de favoriser les céréales complètes (ou produits céréaliers à base de céréales complètes). Ensuite, limiter au maximum les sucres ajoutés et les graisses animales ou saturées pour préférer les huiles végétales de qualité : huile d’olive, de colza en particulier. Remplacer une partie des protéines animales par des protéines végétales, donc des légumineuses (lentilles, pois chiches, fèves, haricots) est également intéressant à plusieurs niveaux. Il est également possible de consommer au quotidien des aliments fermentés pour venir enrichir notre flore : yaourts (animaux ou végétaux), légumes lactofermentés crus (la choucroute est le plus connue mais on peut faire fermenter tout type de légumes !), kéfir, kombucha…

 

Il ne faut pas non plus oublier l’hygiène de vie : notre microbiote est très sensible au stress et à la pollution. Donc apprendre à gérer son anxiété et ses émotions, éviter de fumer et d’ingérer des substances toxiques (additifs, microparticules, traces de pesticides,…)

 

 

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🌱Pourquoi est-ce que j’ai des problèmes digestifs alors que je mange sain, bio,…?!🌱 Cette remarque, je l’ai assez souvent lorsque mes clientes me contactent. C’est vrai qu’il est difficile de comprendre pourquoi on peut souffrir de problèmes digestifs alors qu’on a une alimentation irréprochable…ou presque. La vie peut effectivement parfois sembler injuste (je l’ai pensé pendant longtemps, je ne te le cache pas!). Seulement voilà, une alimentation peut être équilibrée, saine, maison…mais pas adapté à TES besoins. Par exemple, j’étais quasi végétarienne jusqu’à ce que je me rende compte que mon organisme ne tolérait pas le soja, le gluten et de nombreux fruits à coque. Difficile alors de continuer dans le végétarisme strict sous peine d’accentuer mes carences ou problèmes d’hypersensibilités. Pour moi il n’y a pas 1 alimentation idéale: il y a l’alimentation qui nous convient. chez certains ce sera une alimentation paléo, chez d’autres végétariennes, chez d’autres encore le sans gluten, etc… C’est le corps qui parle! Ensuite, il faut aussi savoir que de nombreux problemes digestifs surviennent comme une conséquence d’autre chose ….et /ou pour nous faire prendre conscience de dysfonctionnements ou de comportements non adaptés). Même si la modification alimentaire,sur le court ou le long-terme, est généralement indispensable, cela doit aussi t’emmener à considérer les choses de façon plus globale… Même si cela peut te paraitre difficile à accepter, voit cela comme une opportunité d’évoluer, de mieux te connaitre et de décoder ce qui est bon pour toi Et toi, est-ce que ce que tu as pu ressentir ce sentiment d’injustice? #troublesdigestifs #intolerancesalimentaires #sibo #intestinirritable #mangersain #versunealimentationquivousfaitdubien #nutritherapeute #micronutrition #micronutritionniste #santedigestive

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Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises privés proposent des analyses de microbiote. Qu’en pensez vous ?

 

Pour travailler auprès de gens qui ont de grosses dysbioses (=déséquilibres de flore), j’avoue que ça m’aiderait bien que cela se développe encore plus. A l’heure actuelle, la France est encore à la traine dans ce domaine, si on se compare aux Etats-Unis notamment. Toutefois, il faut que ce type d’analyses soient fiables (ce qui n’est pas toujours le cas…) et utilisables. C’est bien de faire une cartographie de la flore intestinale, mais si derrière on a que des bactéries dont on ne sait à quoi elles servent, il y a peu d’intérêt. Il faut également que les thérapeutes soient formés pour savoir quoi en faire, sinon cela ne sert à rien. C’est donc un bon début, il faut maintenant que l’ensemble des connaissances évolue pour pouvoir agir de manière plus ciblée (développement de nouveaux probiotiques, connaissance des interactions entre prébiotiques et flore spécifique…)

 

Selon vous, quelles sont les prochaines étapes ? Que va apporter la meilleure connaissance du microbiote et de la flore intestinale ?

 

Pendant longtemps, on parlait des probiotiques comme d’une grande famille ou tout le monde jouait le même rôle. On se rend de plus en plus compte que les différentes familles de bactéries et même les différentes souches ont souvent des effets bien différents. Mieux connaitre ces souches et avoir à notre disposition des probiotiques plus ciblés et des probiotiques de nouvelles générations pourra aider à réguler plus finement la flore. Connaitre également mieux les interactions entre fibres prébiotiques et probiotiques (lesquelles vont avoir le plus d’actions sur telle ou telle souche) permettra également une meilleure modulation du microbiote et donc de pouvoir agir plus finement sur la santé ou l’équilibre émotionnel. J’espère également que l’on va pouvoir avancer sur les transplantations fécales car pour l’instant elles sont réservées à un ou 2 cas très spécifiques alors que de nombreuses personnes ont des déséquilibres de flore tellement importants qu’il n’y a que ce type d’action qui peut les aider.

 

J’espère en tout cas que cela va inciter de plus en plus de personne à s’intéresser à leur microbiote et à leur santé digestive comme moyen de prévention. Nous sommes trop dans une démarche médicamenteuse et curative alors que nous y gagnerions à entrer dans une démarche de prévention qui passe immanquablement par l’alimentation…

 


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