Les maladies chroniques, symptôme de la société individuelle ?

Il ne convient pas d’établir une vérité scientifique, médicale, psychiatrique ou psychanalytique : je n’en ai ni les compétences, ni l’envie. Il s’agit aujourd’hui de faire le lien entre l’explosion des maladies chroniques et l’individualisation croissante de notre société. Trois éléments saillants ont été retenus, que j’étofferai dans ce court article.

 

D’une part, les maladies chroniques nécessitent des soins ultras personnalisées. Nous ne comprenons pas ses causes. Sont elles environnementales, génétiques ou infectieuses ?  Nous ne le savons pas. Et ainsi, les solutions préconisées sont ultra personnalisées. Certains vont mieux supporter un traitement plutôt qu’un autre, certains vont rejeter les traitements allopathiques : il y autant de traitements possibles que de patients. La personnalisation est aussi une facette majeur de notre société individuelle : chacun aspire à une consommation singulière, chacun a un compte Amazon préconisant un produit plutôt qu’un autre et correspondant avec exactitude à sa personnalité.

 

Les maladies chroniques sont un frein au partage et favorisent la solitude. Pouvant ressurgir à tout moment de la vie, elles vont nuire à la découverte et au partage et vont inciter à la solitude. Souvent, elles vont impliquer des régimes et dispositions particulières qui vont être un frein aux sorties et moments d’échange. Encore une fois, il y a une accointance avec notre société individuelle : chacun, avec NOTRE Smartphone, NOTRE mode de vie, NOS aspirations est enfermé dans une société freinant les rapports humains.

 

Les maladies chroniques ont besoin de standardisation. En effet, les personnes touchées ont besoin d’un cadre, de dispositions précises, de sécurité partout où elles se déplacent. Tout comme l’individualisme a besoin de standardisation. Où que l’on aille, quoi que l’on fasse, l’individualisme aseptise la planète en y dictant ses envies et besoins.

 

Mais la société individuelle est également emplie d’espoir : par son hégémonie et sa puissance, elle permet l’explosion de la solidarité. Dans les villes et dans les campagnes, la solidarité est un combat quotidien : vie locale, vie participative, elles se développent dans tous les pores de notre société. Les maladies chroniques suivent ce même chemin : après les avoir dénigré, moqué et réfuté, on apprend aujourd’hui à les bercer et à les consoler. On en parle, des associations se créent, des groupes d’aide se développent et les réseaux sociaux sont un merveilleux moyen de partager ses expériences.

 

Ainsi, les maladies chroniques ont pris leur source dans l’individualisme et se déverseront dans la solidarité. Leur seule issue est la quête de bon sens. Elles sont une force : elles nous plongent dans la rigueur et la sobriété. Elles nous rappellent que chaque moment passé est un don inestimable prodigué par la nature. Elles nous renvoient à notre posture la plus noble : rattachée à la terre, au vivant et à la jouissance du moment présent. Ponctuées de privations et rémissions, elles ne sont que le miroir de nos sentiments et de notre état. Ne luttons pas mais apprivoisons. Ne pleurons pas mais sourions. Ne lâchons pas mais comprenons.