Échange avec Nelly Sabot, fondatrice des Recettes d’Hugo.

 

 

Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Nelly Sabot Patracone, fondatrice du blog Les Recettes d’Hugo, et engagée depuis de nombreuses années sur la lutte contre les allergies alimentaires.

 

 

Parlez nous de votre petite famille et de votre lien avec les allergies ?

 

Les allergies, chez nous, c’est une histoire de famille… mais c’est malheureusement Hugo, mon fils, qu’elles embêtent le plus.

 

Mon mari est en effet allergique à certains pollens, et de façon modérée à certains aliments (pêche, cerise, fruits à coque). De mon côté je suis asthmatique et allergique à certains pollens, mais aussi aux poils d’animaux (cheval, chien, chat).

 

Les mamies d’Hugo sont allergiques pour l’une à des pollens, pour l’autre à des pollens, aux moisissures et à certains métaux.

 

Avec un tel patrimoine génétique, il était prévisible qu’Hugo connaisse lui aussi les désagréments des allergies… même si ne nous attendions pas à une telle intensité.

 

Hugo est en effet sévèrement allergique aux laits animaux, aux œufs crus, aux crustacés, à l’arachide, à la plupart des fruits à coques, à la moutarde, au lupin, aux pois et lentilles, aux câpres et aux pignons de pin (c’est-à-dire, qu’une réaction à l’un de ces aliments peut le tuer) et plus modérément au millet, au persil et aux poireaux du côté alimentaire.  Quand il était petit, Hugo était aussi allergique au blé et au gluten, aux œufs cuits, au quinoa et au sarrasin. Avec le temps, ces allergies se sont estompées, et s’il peut consommer ces aliments, c’est toujours dans une certaine mesure, car son système immunitaire reste sensible et son seuil de tolérance n’est pas infini.

 

Du côté respiratoire, les pollens de bétulacées, graminées et plantain posent problème, ainsi que les acariens et les poils de chat, auxquels il est vraiment très sensible (en classe, s’il est assis trop près d’un élève qui a un chat à la maison, cela suffit à lui provoquer de l’asthme !)

 

Comment avez vous eu l’idée de créer Hugo et les allergies ? Dans quel objectif ?

 

Hugo a eu des symptômes, principalement digestifs dès sa naissance. A l’âge d’un mois, une petite plaque d’eczéma apparaissait sur sa joue, pour s’étendre à tout son visage, mais aussi son corps 2 mois après. Il souffrait d’un important RGO, vomissait sans cesse, se tordait de douleur, ne supportait pas d’être en position allongée, et cumulait ce qui était diagnostiqué par erreur comme des bronchiolites. Certaines lui ont même valu des séjours à l’hôpital.

 

Il a été gavé de médicaments anti-reflux, d’antibiotiques et de cortisone, par des médecins, qui restaient sourds à nos observations et se contentaient de traiter les symptômes visibles, sans en chercher l’origine.

 

A 13 mois, il a fait un grave œdème de Quincke. Le médecin urgentiste, nous a alors confirmé ce dont nous nous doutions depuis longtemps, sans parvenir à la faire entendre aux différents médecins consultés : il s’agissait d’une réaction allergique.

 

Nous n’avons obtenu un rendez-vous avec l’allergologue de l’hôpital que 2 mois après… 2 mois de stress, pendant lesquels nous avions peur de faire un faux pas, car nous ne savions pas à quoi il avait réagi.

 

Lorsque le diagnostic d’allergies sévères est tombé pour le blé/gluten, les laits animaux, les protéines bovines et les œufs dans un premier temps et qu’on nous a prescrit un stylo auto-injecteur d’adrénaline, le ciel nous est tombé sur la tête !

 

L’allergologue nous avait conseillé d’éviter les fruits à coque, l’arachide et les fruits exotiques par peur qu’il développe de nouvelles allergies et de limiter le soja… malheureusement, cela n’a pas empêché que de nouvelles allergies, non révélées lors du premier rendez-vous,  apparaissent ensuite. Toutes ces évictions ont chamboulé toutes nos habitudes de consommation. Il m’a fallu apprendre à cuisiner autrement, avec de nouveaux ingrédients, en veillant au bon équilibre nutritionnel pour Hugo comme pour nous.

 

Il nous a fallu apprendre à lire les compositions, même de produits cosmétiques (et donc à les traduire), à acquérir certains réflexes de sécurité/vigilance au quotidien chez nous, mais aussi et surtout en société…

 

Bref, nous avons dû modifier entièrement notre façon de vivre, sans aucune aide extérieure.

 

Dans un premier temps, nous avons vidé nos placards et notre frigo de tous les aliments dangereux pour Hugo. Comme il ne restait pas grand-chose, j’ai commencé à me renseigner sur d’autres ingrédients et sur leurs apports nutritionnels.

 

Avant d’introduire un nouvel aliment dans le régime d’Hugo, je le faisais tester par l’allergologue. Avec 2 rendez-vous par an, cela a pris plusieurs années pour faire le tour complet de nos possibilités.

 

J’ai acheté quelques livres sur le sujet des allergies, et j’ai fait des recherches sur internet, dont le contenu était limité il y a 15 ans : Les réseaux sociaux n’existaient pas et les blogs en étaient à leurs premiers balbutiements.

 

Parallèlement, j’ai commencé à cuisiner autrement, et je notais mes recettes réussies pour pouvoir les reproduire ultérieurement.

 

Au bout d’un certain temps, je me suis dit que je n’étais sûrement pas la seule maman à galérer avec les allergies alimentaires, et que les autres mamans dans mon cas, se sentaient sûrement aussi seules que moi. J’ai eu envie de partager avec elles mes recettes d’abord, puis toutes les informations utiles que j’ai trouvées au cours de mes recherches, car j’aurais moi-même apprécié de pouvoir être guidée par la lumière d’un phare, quand j’étais perdue au milieu de l’océan des allergies, après le diagnostic !

 

Cela m’a également permis de créer un lien avec ces personnes aux expériences similaires,  et d’échanger avec elles en nous comprenant.

 

Les recettes d’Hugo est né comme ça… tout comme mon livre 130 Recettes pour allergies sévères (Editions Adverbum-Le Sureau).

 

Quelle est votre vision de l’alimentation ?

 

Pour moi l’alimentation doit faire partie des plaisirs de la vie, mais elle doit aussi nous aider à bien grandir, puis à bien vieillir, en apportant à notre organisme tout ce dont nous avons besoin, mais aussi en étant la plus naturelle et la plus respectueuse possible de notre environnement.

 

Mes parents m’ont sensibilisée tôt à l’importance de la qualité des aliments et je devais avoir 6 ou 7 ans quand je suis entrée pour la première fois dans un magasin bio. A cet âge-là, je connaissais déjà le sarrasin, le millet, et bien d’autres aliments qu’on ne trouvait pas en grandes surfaces. Ma mère a décidé d’adopter un régime macrobiotique, pour m’aider à lutter contre l’asthme, en renforçant mon organisme… Je suis une personne très gourmande (ma silhouette en atteste !), et ce régime macrobiotique assez strict ne m’a pas laissé un souvenir très positif du côté du plaisir… mais il m’a probablement influencée dans ma façon d’appréhender la problématique des allergies et m’a aidée à m’adapter rapidement à leurs contraintes.

 

Il a été frustrant dans un premier temps de renoncer à certains aliments… mais plutôt que de me focaliser sur ce point négatif, j’ai préféré me concentrer sur tout ce qu’il était possible de découvrir. Même si, à mes yeux, rien ne peut remplacer un bon morceau de fromage, je suis loin d’être malheureuse à table, tout comme Hugo, qui, finalement, mange beaucoup plus de choses variées que la plupart des jeunes de son âge. Depuis qu’il est petit il aime découvrir de nouveaux goûts et il aime manger de tout (même si, après des années d’éviction, il adore les pâtes !!!!). Quand nous partons au bord de l’océan en vacances par exemple, comme nous ne pouvons pas manger de glaces, il n’est pas rare que nous fassions un goûter d’huîtres !!! Il adore ça !

 

Quand nous avons des invités à la maison, rien ne me fait plus plaisir que lorsqu’ils se régalent avec les plats que j’ai préparés. Certains s’attendent à des plats fades, puisque sans lait, sans beurre, sans crème, sans fromage, sans mayonnaise…  et ils sont souvent agréablement surpris.

 

 

Un petit message destiné aux mamans et papa d’enfants allergiques ? Et une petite note positive de fin ?

 

Certains jours, le moral n’est pas au beau fixe : on vit les allergies comme un fardeau, une injustice…

 

Elles nous demandent beaucoup d’adaptation, de créativité, de vigilance, de diplomatie, de patience et donc d’énergie. Elles influent sur nos relations avec les autres, qui ne nous comprennent pas toujours, et les obstacles qu’elles mettent sur notre chemin sont parfois difficiles à surmonter, d’autant plus qu’on se sent souvent seul(e)s.

 

Si elles nous mettent à l’épreuve, les allergies ont l’avantage de nous rendre forts. Vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête n’est pas facile, mais permet d’apprécier des choses simples et d’être heureux, en nous focalisant sur tout ce que l’on a plutôt que sur tout ce que l’on n’a pas. Par exemple, les allergies nous permettent de renforcer le lien de complicité que nous avons avec nos enfants, nous faisant peut-être réaliser encore plus qu’ils sont précieux et que chaque instant passé avec eux est un cadeau. Grâce à elles, on réalise à quel point certains de nos proches, amis ou famille nous aiment, en nous soutenant et nous aidant comme ils le peuvent. On apprécie chacune de leurs attentions.

 

Chaque obstacle surmonté doit nous donne un peu plus confiance en nous : si les allergies se sont invitées chez nous, c’est parcequ’on est capables de s’adapter, de les gérer et d’être heureux malgré tout. Ce qui est une faiblesse pour nos enfants peut devenir une force. Leur « différence » leur permet de développer certaines qualités humaines, qui leur permettront de devenir des adultes bien dans leur tête, notamment en développant une tolérance à toute forme de différence.

 

En tous cas, pour moi, nous sommes tous des supers-parents et supers enfants, chacun à notre façon.

 

Le chemin de vie avec les allergies, est pentu, caillouteux et parfois glissant, avec le précipice en-dessous, mais il donne accès à de magnifiques paysages pour qui veut les voir et permet de rencontrer de belles personnes !

 


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